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Le 03 novembre 2009

l'identité nationale : mythe ou réalité ?

l'identité nationale doit être dépoussierée par un vrai débat éthique

Le vieux mythe de l’identité nationale revient ces derniers jours en force dans le discours politique français. Le débat mais aussi la polémique est lancée par Monsieur BESSON Ministre de l’immigration et de l’identité nationale dont on peut convenir qu’il intervient à un moment opportun. Mais quoi de plus naturel que ce débat pour celui qui a en charge un ministère dont le décret d’attribution du 31 mai 2007 indique « qu’il participe en liaison avec les ministres intéressés, à la politique de la mémoire et à la promotion de la citoyenneté et des principes et valeurs de la République ». Quoi de plus naturel que ce débat pour un Ministre qui ne fait que se conformer à son prédécesseur qui indiquait que l’identité française était à la fois l’héritage de notre histoire et l’avenir de notre communauté nationale tout en précisant que « c’est parce que la France à une identité propre dont elle peut être fière qu’elle a les moyens d’intégrer des immigrés qui respectent nos valeurs et qu’elle peut organiser de façon sereine l’immigration ». Il est vrai qu’en France la naissance de l’identité nationale est indissociable d’un ensemble de représentation et de discours publics sur la nation et la patrie. Cette affirmation, qui n’est pas de votre serviteur, est aussi pertinente hier qu’aujourd’hui. Hier, en France, c’était la l’Etat qui faisait la Nation, aujourd’hui en France c’est naturellement l’Etat qui tente de la reconstruire. Discours politique creux… pas sûr. Certes mal amené, mal pensé, mal déterminé mais pas inutile pour peu que les bonnes questions soient posées. Définir, sérier l’idée d’identité nationale, nécessite une profonde réflexion intellectuelle. D’autres s’y sont attaqués (Durkhein, Detienne, Elias, Gellner pour ne citer que ceux là) et… s’y sont cassés les dents. Cette notion ne se laisse pas apprivoiser facilement, elle est un vrai mystère, « une idée mystique obscure ». Le terme en lui-même, comme une alternative, renferme deux autres termes tout aussi obscurs. L’identité d’abord. C’est un concept qui désigne à la fois ce qui est propre à l’individu et ce qui le singularise, ce qui le distingue de l’autre. Il est ambigu car il renvoi à la fois à soi et à l’autre. Il est à la fois une interrogation, une sorte de réflexion à l’autre (suis-je semblable, identique à l’autre) et un caractère de l’unicité en ce que notre identité nous rends unique, nous individualise. C’est tout le paradoxe de cette notion qui ne se soutien que dans cette oscillation entre ses deux acceptions. Que ce paradoxe soit rompu et c’est la contradiction, c’est l’excès qui fait que l’on ne s’identifie plus à personne ou qui fait que nous perdons notre identité propre en s’identifiant par trop à l’autre. Ce trouble identitaire est parfaitement connu des sociologues et des psychologues. Mais l’identité prise à l’échelle de l’être humain n’est pas donnée une fois pour toute, elle n’est pas figée, elle se construit sans cesse elle ne se limite ni se construit tout à fait par l’adaptation au rôle social ni ne s’arrache tout à fait au travers des luttes sociales. La nation ensuite. On nous enseigne traditionnellement qu’elle se construit lentement par l’enseignement de l’histoire et des traditions par référence à nos morts, à leur mémoire, c’est l’idée patriotique qui fleurie dans certains discours publics de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème . C’est le débat de Durkheim sur la patrie et la nation. Pour ma part je préfère la notion juridique qui intègre à la fois l’idée que chaque nation se reconnaît dans sa géographie, son histoire, sa langue et son caractère mais qu’au-delà du simple constat d’une différence ou d’un particularisme elle trouve sa force dans la volonté d’un groupe géographique ou social de vivre ensemble, de se forger une communauté de destin, de se défendre contre les atteintes à son identité venant de l’extérieur. C’est ce vouloir vivre collectif qui caractérise une nation et rien d’autre. Dès lors pour éviter tout amalgame entre Etat et identité national, entre groupe dominant et groupe dominé, entre politique et éthique il conviendrait de s’affranchir du terme identité nationale beaucoup trop lourd de fantasmes et mener une réflexion sur la solidarité entre des personnes vivant sous un même droit, dotées de droits ainsi que de devoirs. Il est ainsi possible de se désengager de l’identité nationale à condition de concevoir dans le même temps les conditions de l’appartenance à une certaine communauté d’opinions telles que la liberté d’expression, l’égalité des sexes et des sexualités, le respect de l’individu, l’humanisme. Certaines de ces valeurs existent et font consensus, d’autre restent à exister. C’est tout l’enjeu d’un vrai débat. Il ne peut être politique et encore moins sous tendu par un nationalisme malsain, il se doit d’être éthique.